
Les psy, les barmans, les coiffeuses… et ChatGPT ont-ils remplacé les confessionnaux ?
Il fut un temps où, pour déposer un secret un peu lourd, on poussait une porte en bois massif, on s’agenouillait, et on murmurait à travers une grille en laiton. Aujourd’hui, on fait la même chose… mais avec un verre de blanc, une coupe de cheveux, un divan scandinave ou une fenêtre de chat sur son téléphone. Le décor a changé, le besoin non.
Parce qu’il faut bien l’admettre : l’être humain adore parler de ce qui le dérange. Il adore encore plus le raconter à quelqu’un qui ne bougera pas de sa chaise, qui ne s’enfuira pas en courant, et qui hocherait presque la tête au bon moment. Le barman, la coiffeuse, le psy… et même ChatGPT, qui n’avait rien demandé, se retrouvent à absorber des torrents d’émotions comme des éponges professionnelles.
Et ça fait du bien. Sur le moment.
On sort plus léger, un peu comme après avoir vidé un sac trop plein. On respire mieux. On se dit qu’on a « enfin lâché ». On remercie la vie d’avoir mis sur notre route quelqu’un — ou quelque chose — qui écoute sans juger (ou qui juge, mais en silence, ce qui revient au même).
Mais voilà : une émotion, ce n’est pas un colis Amazon. On ne peut pas juste la déposer quelque part en espérant qu’elle disparaisse. Elle revient. Toujours. Parfois même avec des intérêts.
Parce que tant que le comportement qui la génère reste intact, l’émotion, elle, ne bouge pas d’un millimètre. On peut la raconter, la re-raconter, la re-re-raconter… elle attend patiemment qu’on comprenne ce qu’elle essaie de dire. Et tant qu’on ne change rien, elle continue son petit boulot : signaler, pointer, déranger, insister.
C’est là que le barman, la coiffeuse, le psy — et même ChatGPT — atteignent leurs limites. Ils peuvent accueillir, écouter, offrir un espace. Mais ils ne peuvent pas faire le mouvement intérieur à notre place. Ils ne peuvent pas décider pour nous de regarder ce qui coince, ni de transformer la manière dont on agit, réagit, répète.
La libération émotionnelle n’est pas un sport d’équipe. C’est un sport individuel, avec parfois un coach, parfois un public, parfois personne. Mais c’est toujours nous qui devons faire le geste décisif.
Alors oui, les confessionnaux modernes sont chaleureux, lumineux, parfois parfumés à la lavande, au mojito ou au silicone des claviers. Ils ont leur utilité, leur beauté, leur humanité. Ils permettent d’ouvrir la porte, de dire « voilà ce qui m’arrive ». Mais la vraie libération, elle, commence quand on arrête de déposer… et qu’on commence à transformer.
Parce qu’au fond, l’émotion n’est pas un problème. C’est une information. Et tant qu’on ne change pas ce qui la déclenche, elle reviendra sonner à la porte. Avec une patience infinie. Et un humour parfois douteux.

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Tous Guérisseurs
Fabio Maimone



